vendredi 19 mars 2010
mercredi 17 février 2010
INTERVIEW ELDORADO MAGAZINE | ABOUT TWIN PEAKS
Comment présenterais-tu Black Cat Bones ? Plutôt comme une maison d'édition ? Et depuis quand existez-vous (je ne me souviens plus de la date) ?Black Cat Bones est à l'origine une maison d'édition Lyonnaise, mais très vite pour promouvoir les artistes que nous souhaitions défendre et pour partager notre enthousiasme pour eux, nous nous sommes mis à organiser des expositions à droite à gauche, dans divers lieux (et pas forcément toujours des galeries au sens classique du terme). Suite à notre exil au Mexique, nous avons naturellement eu l'envie d'ouvrir un lieu à nous. Mais comme l'ouverture d'une pure galerie d'art ne nous semblait pas viable et que Pola possède certains talents culinaires que nous souhaitions exploiter, nous avons plutôt opté pour l'ouverture d'un lieu mi-café/mi-galerie. Ça n'a visiblement pas été une mauvaise idée puisque c'est aujourd'hui le café qui fait vivre en grande partie la galerie.
Mais à nos yeux Black Cat Bones reste une entité en perpétuel mouvement, rien ne nous dit que dans quelques années nous n'allons pas nous mettre à éditer de la littérature ou des ouvrages d'art religieux contemporains. Nous ne nous sommes fixés aucune limite, nous répondons juste à nos envies et nos préoccupations du moment en espérant que notre travail touche quelqu'un en face. C'est pas très commercial comme démarche, mais nous n'avons aucune envie de finir étiquetés, même si nous souhaitons tout de même véhiculer une certaine image.
Deux mots sur l'exil mexicain et l'idée de travailler par internet ?
Nous sommes partis assez en colère de France. Un peu sur un coup de tête, après une période assez noire faite de chômage, de ras-le-bol et de déceptions diverses, pas d'ailleurs forcément liées à avec nos activités éditoriales. Nous avions l'impression que ce pays ne pouvait plus répondre à aucune de nos attentes. Nous vivions une vie sans aucune réelle perspective d'avenir, autant du point de vue personnel que professionnel. En France tout semble figé. Je vis depuis tout gamin avec l'impression que le pays a arrêté d'évoluer au milieu des années 70. Étrangement, il a fallu partir dans un pays du tiers-monde pour retrouver l'envie et la liberté de faire ce que nous avions en tête. Nous avions besoin d'air, de soleil et de nouvelles opportunités. Six mois après notre arrivée, le projet de café était déjà sur pieds.10 mois plus tard, le lieu était ouvert. Je n'ose même pas imaginer les galères financières et administratives que nous aurions du traverser si nous avions voulu créer la même chose en France. Au Mexique il règne une joyeuse anarchie à moitié structurée qui permet une grande créativité, une ambiance invitant à la spontanéité. Ici nous avons perdus la sécurité sociale mais nous avons redécouvert la joie de vivre et le plaisir de créer sans entraves. Moins d'état, plus d'initiatives individuelles. En gros, nous avons découvert que le libéralisme avait ses bons côtés.
Quant à notre utilisation d'internet, il me semble que n'importe quel éditeur un tant soit peu à la page en fait la même. Nous avons plusieurs sites, plusieurs blogs, un compte Facebook, une page Myspace, c'est pour nous le seul moyen de rester visible, non seulement vis à vis du monde de l'édition classique, distribué en magasin, mais aussi vis à vis des autres éditeurs qui en sont au même point que nous. L'apparition d'internet a permis la démocratisation de la vente par correspondance, nous profitons donc de cet appel d'air et cette manière de fonctionner nous convient plutôt bien.
Pourquoi "Twin Peaks", en particulier ?
J'ai découvert cette série en 1989, lors de sa première diffusion en france en deuxième partie de soirée sur la 5. J'avais 15 ans à l'époque, et j'ai littéralement été happé par l'objet, fasciné par les personnages, hypnotisé par le lieu, la mythologie développée. Twin Peaks est une date dans l'histoire de la télévision. Il y a eu un avant et un après Twin Peaks. Vingt ans plus tard on peux encore voir apparaitre ici et là des séries influencées par l'étrange ambiance de la série de Lynch/Frost (je pense à John From Cincinnati, par exemple).
Même dans l'œuvre de Lynch, il y a un avant et un après Twin Peaks. C'est une série qui me semble synthétiser pas mal d'éléments qu'on retrouve dans ses films, mais rallongés, distillés, sublimés. J'aime quasiment tout dans l'œuvre de Lynch mais il n'y a aucun de ses films vers lesquels je reviens avec autant de plaisir que vers Twin Peaks. Twin Peaks est une singularité dans l'œuvre singulière de Lynch.
Dirais-tu que cette série, peut-être plus encore que les autres films de Lynch, a inventé une sorte de nouvelle mythologie, ou de mythologie secondaire ?
C'est bien là la force des séries par rapport au cinéma, cette capacité à développer en profondeur des personnages centraux, des personnages secondaires, des lieux, des situations, des mystères. Créer un cadre, parvenir à travailler dedans tout en réussissant (ou pas) à renouveler les situations, à faire évoluer les personnages, jongler entre ce que j'appellerais "l'univers-chausson" (on regarde une série comme on chausse ses chaussons, pour retrouver chez soi un univers dans lequel on a ses marques) et le devenir potentiel de l'univers crée.
Les autres films de Lynch n'ont pas réussis à pondre une "mythologie" aussi forte dans la mesure où il est difficile de bâtir quelque chose sur moins de deux heures. Si Mulholland Drive s'était développé sous la forme d'une série comme c'étais le projet au départ, il est fort probable qu'un nouvel univers vraiment très profond et tortueux serait sorti de tout ça, quelque chose de peut-être aussi fort que Twin Peaks. Mais dans l'état, il s'agit juste d'un film possédant une sorte de mythologie presque avortée.
Je crois que l'univers de Lynch est vraiment fait pour ce type de format. Le problème vient du fait que les méthodes de travail gens qui produisent ces séries sont incompatibles avec la démarche créatrice de Lynch.
Et est-ce que ce n'est pas (ou que ça ne devrait pas être) le but de toute série fantastique que de réussir à inventer et à imposer une mythologie particulière ?
Exactement. C'est d'ailleurs tellement une évidence que certains créateurs de séries aujourd'hui se contentent désormais de crée une mythologie et de s'asseoir orgueilleusement dessus sans forcément parvenir à la faire évoluer. Je pense à Lost, qui a dès le début a crée des situations très fortes et un univers immédiatement reconnaissable, mais dont les intrigues s'annulent les unes les autres par manque d'une vision d'ensemble (dues à des réécritures constantes et des changement d'angle d'attaque permanents).
Certaines séries "non fantastiques" parviennent également à créer leur mythologie. Dès qu'il y a mystère, il y a possibilité de créer des attentes chez le spectateur et nourir, parfois malgré lui, son imagination. Je pense à Battlestar Galactica, qui dans un cadre SF, a réussi à bâtir des histoires passionnantes renouant avec les mythes greco-romains tout en parvenant à en créer de nouveaux (tous ces mystères entourant de l'évolution de la "race" des robots/Cylons).
L'autre exemple récent, ce serait quoi ? "X-Files" ?
Je suis complètement passé à côté de X-Files. Cette série m'a toujours profondément ennuyé. Je n'ai jamais vraiment compris l'impact que cette série a pu avoir sur la culture populaire. Je ne suis pas sûr qu'il existe un véritable équivalent au phénomène Twin Peaks, qui me semble être une véritable singularité. Six Feet Under, je trouve, possédait un vrai univers personnel et un vrai ton. Je ne suis jamais rentré dedans non plus, mais je reconnais qu'il y a un ton vraiment à part.
TIM DOYLE (EU), WES ART (MEX), TANXXX (FR), SPIG (FR), EL JEFE (EU), LIL TUFFY (EU), GIANT SUMO (EU), JAMIE MCGREGOR (UK), PLASTIC FLAME PRESS (USA), THE PINCH (ING), OLLI MIGHTY (FR), JULIEN FELIX (FR), CHRISTIN GEORGEL (FR), KATRIN SCHWULST (ALEMANIA), HUGUES PZZL (FR), DENNY SCHMICKLE (EU), TODD SLATER (EU), HILARY GRAVES (EU), KSENIYA YAROSH (EU), ANTONIO TORRES (MX), ANDREA SANTONI (IT), A.R.RANGER (SUE)
jeudi 4 février 2010
INTERVIEW MATTHIAS LEHMANN | LES LARMES D'EZECHIEL
de ses nouvelles parutions ne soit pas en soi un événement.
LES LARMES D'EZECHIEL, disponible depuis quelques mois
chez Actes Sud BD, dans une splendide édition (comme toujours
chez cet éditeur), est probablement l'album le plus "rafraichissant"
(si je puis m'exprimer ainsi pour un album abordant des thèmes aussi
sérieux que celui de l'alcoolisme ou de la mort) qu'on ait pu lire
cette année. La preuve, il n'a été nominé dans aucune
catégorie pour Angoulême 2010.
Petit entretien avec l'auteur. Juste une mise au point
sur les plus belles images de sa vie.
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Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une revendication, mon éditeur l’a formulé comme tel peut-être parce que ça peut étonner les gens que je me dise franco-brésilien alors que je suis né et que je vis en France depuis toujours.
Ma mère est brésilienne, mon père est français mais la première langue que mes sœurs et moi avons parlé (car on la parlait à la maison) c’est le portugais. Après il y a beaucoup de références culturelles propres au Brésil qui nous ont été transmises, puis on allait au Brésil souvent, on mangeait brésilien chez nous, il ya tout un ensemble de choses qui faisaient que quand j’allais chez mes petits camarades, je sentait une différence.
Tout ça a dans une certaine mesure aboutit à un sentiment de décalage : on n’a pas tout à fait les mêmes repères que nos contemporains en France et au Brésil, on n’est pas vraiment du Brésil non plus.
Et puis ma mère a toujours vécu à contre-cœur en France alors elle nous a un peu transmis sa nostalgie etc. du coup vers 20 ans, je me suis interessé de plus près à la culture populaire brésilienne, aux contes de Monteiro Lobato, la littérature populaire et les gravures du Nordeste, la peinture « regionaliste » de Portinari ou de Quignard, la musique caipira (sorte de country brésilienne) etc. et c’était presque pour le coup revendicatif d’ inclure ça dans mon travail, surtout dans mes dessins ou mes peintures comme dans « o pesadelo de gustavo ninguem » publié par le dernier cri en 2000 et même dans l’étouffeur, certaines séquences s’inspirent de la nature du Brésil, voire plus précisément de Minas Gerais, d’où vient ma famille.
Bon, tout ça fait partie de moi, je ne sais pas vraiment quand ça m’influence ou pas… dans le dernier livre pas des masses je pense. Enfin pas de manière ostentatoire.

2/ Au delà de tes origines, on sent malgré tout une grande influence de la BD américaine indépendante dans ton travail, allant de Crumb à des artistes plus contemporains comme Chester Brown. Si le contexte de ton dernier album est français, on a quand même le plus grand mal à se dire que nous tenons entre les mains le travail d'un artiste vivant en France.L’influence de la bande dessinée américaine c’est certain. Quand j’étais petit je n’ai jamais lu de comics de super héros car ça m’ennuyait trop, par contre j’adorais Franquin, Fred, F’murr, Hergé etc. Le premier américain qui a retenu mon attention c’est Eisner, j’avais emprunté les recueils du Spirit de Futuropolis à la bibliothèque et ça me passionnait, surtout graphiquement.
Après j’ai découvert Charles Burns, Art Spiegelman, Gary Panter, la génération Raw et le lien qui s’est fait après avec mon intérêt pour toute la scène du roman graphique des années 90 (Clowes, Doucet, Brown, Joe Matt,Ware et compagnie) c’est que tous ces gens OSAIENT dessiner au-delà du fait que leur approche narrative était passionnante.
Mais l’influence de la bd américaine c’est presque une vague d’influence qu’a eu l’idiosyncrasie américaine sur moi, et sur plusieurs générations d’artistes et auteurs français il faut dire…. C’est presque devenu une attitude contre-culturelle en France de s’intéresser à la culture américaine depuis les années 60.
A un moment j’étais obsédé le polar behavioriste (comme dirait Manchette), après par le blues rural et la country, le cinéma, la peinture régionaliste type Thomas Benton ou des peintres plus « urbains » comme Phillip Guston etc…
A vrai dire, bien que j’aille assez souvent au cinéma, je ne me sens pas trop influencé par ce medium, en tous cas pas sur la forme.
Je l’ai été énormément à une époque ; David Lynch étant mon super héros puis il a fait cette exposition de crouttes à la Fondation Cartier et ça m’a permis de relativiser tout ça.
Par contre si mon livre fait penser aux films estampillés « sundance », je n’ai plus qu’à me flinguer car c’est tout ce que je déteste, ha ha. Hum.
Il y a beaucoup de films qui m’ont marqué bien sûr mais si on me demande UN film, je pense immanquablement à « la poursuite impitoyable » d’Arthur Penn, je ne sais pas pourquoi, ce film un côté assez flamboyant. Mais je pourrais en citer d’autres.
Bon, tu vois, le dernier qui m’ait frappé c’est « les derniers jours du monde» des frères Larrieu et ça n’est pas franchement américain !
Concernant la structure du livre, je crois que j’ai surtout une tendance endémique à ne pas écrire de scénarii « linéaires », je me sens incapable d’écrire une histoire qui se lit simplement avec un début un milieu et une fin, je me sens toujours obligé de rajouter des rebondissements, des digressions et des espèces de ponts que je suis le seul à comprendre (peut-être).
C’est un problème car il est difficile de raconter cette histoire de manière résumée et dieu sait que si tu veux vendre un livre tu as intérêt à raconter des histoires résumables.
4/ Les artistes français actuels sont peu nombreux à être édités chez un éditeur aussi prestigieux que Fantagraphic. On a même plutôt l'habitude de voir des albums de Fantagraphic être édités dans des versions françaises que de voir des albums originellement édités en France sortir aux États-Unis. Est-ce que tu crois que ça a à voir avec ce que je te disais plus haut (la signature très "BD indé US" de tes albums) ? Dans ce cas, pourquoi les américains voudraient éditer un artiste qui fait des choses simliaires à leurs contemporains ?Pour reformuler ma question : Qu'est-ce qui à ton avis a attiré Fantagraphic dans ton travail à ton avis ?
Mon sentiment c’est qu’il y a une approche des choses très différente entre la France et les Etats-Unis, en France quand tu traduits un auteur étranger, c’est presque considéré comme une démarche patrimoniale, on rend cet auteur accessible au lectorat etc. Aux Etats-Unis je crois qu’on se dit juste que tel ouvrage correspond à une sorte d’approche esthétique commune et ça suffit.
Effectivement, j’ai toujours baigné dans ce creuset de bande dessinée underground que je qualifierais davantage d’international qu’américain (bien qu’il est évident qu’il trouve ses sources là-bas), le dit creuset doit comprendre à tout casser quarante auteurs qui sont plus ou moins publiés ça et là par les amateurs du genre.
Fantagraphics c’est un peu la mecque pour ces gens-là alors évidemment… il faudrait demander à Kim Thompson qui a publié le livre, mais je pense qu’il a surtout aimé le travail graphique. Il est francophone (du moins il lit le français) donc c’était également plus simple de lui soumettre le projet. Le caractère assez onirique et délocalisé de l’étouffeur (HWY115 aux USA) rendait l’ouvrage aussi accessible aux américains qu’ailleurs – je pense que ça vaut pour des auteurs comme Julie Doucet, Max Andersson ou Stéphane Blanquet, l’aspect national n’a pas une très grande importance, il est évident qu’ils et elles partagent tous une culture visuelle commune.
Maintenant pour le moment, personne ne veut des larmes d’ezechiel aux Etats Unis, comme quoi le fait que ça soit plus localisé change certainement la donne.
Pas du tout, personne ne me connaît.
Quant aux quotidiens nationaux, je vais relativiser (malheureusement) : je n’ai travaillé que pour Le Monde et ce, TRES sporadiquement…
Malheureusement, il y a des situation bien plus enviables, c’est plutôt moi qui déteste un tas de mecs.
Ce ramassis de fils de putes.
6/ On te sais également musicien. Je t'ai déjà vu en concert jouant de la guitare en solo, je sais également que tu as récemment monté un groupe avec un autre dessinateur, Nicolas Moog. Que peux-tu nous dire sur ce projet ? Que peux-tu nous dire sur ta "carrière" de musicien en général ? est-ce quelque chose que tu prends autant au sérieux que ton travail de dessinateur/illustrateur ? Ou bien est-ce plus une activité dilettante ?Je suis tout à fait dilletante et autodidacte, autant dire que je ne suis pas un musicien hors pair mais je m’en fous. Avec Nicolas et un autre ami, nous avions formé le groupe Raw Death qui joue très très rarement et à géométrie un peu variable, ça se débat dans une mare de country gluante et de old time dépressive. On a même fait un petit disque très confidentiel.
J’ai aussi enregistré un autre disque de sept titres sous mon pseudo de Plague Henry, ça fait plus d’un an qu’il est entièrement mixé etc . il ne me reste qu’à le sortir mais je suis chroniquement fauché pour mon plus grand malheur.
Au moment où je fais de la musique je prends ça tout à fait au sérieux et avec plaisir mais je n’ai aucun plan de carrière. Je serais bien en mal d’en avoir un au demeurant, mais tant mieux c’est reposant car l’ambition sclérose.
En fait je souhaitais effectivement travailler plus vite et c’est un pari plus ou moins réussi (j’ai quand même mis trois ans à le faire) mais ça n’est finalement pas SI différent de la carte à gratter, à part que je dessine sur la feuille en noir sur blanc mais qu’après je gratte pour faire des effets de gravure. Ça reste assez appliqué je le crains.
Bon je continue à faire beaucoup de cartes à gratter pour des dessins uniquement. Un jour je me suis dit que la bande dessinée est déjà assez fastidieuse à dessiner comme ça, faire ça à la carte à gratter en plus, c’est trop.
Pas du tout, l’étouffeur est complètement autobiographique, j’ai vraiment tué plein de gens en leur enfonçant des objets dans la bouche !
Blague à part, il y a effectivement une part d’autobiographie dans Les Larmes mais plutôt que d’autobiographie, il s’agissait plus pour moi d’insufler du réel dans le récit ou des signes de l’époque contemporaine, un truc du genre. C’est une démarche que j’avais déjà amorcée dans des récits plus court comme dans « Grandma’s painting », une histoire parue en anglais en Slovénie et restée inédite en France jusqu’à maintenant.
9/ Quel rapport entretiens-tu plus globalement avec l'autofiction qui est un "genre" qui domine, voir etouffe beaucoup la BD française ?Evidemment aborder des choses vécues et très personnelle au sein d’une ficiton, c’est aussi se mettre en danger. Dans une certaine mesure.
En tous cas, on peut ressentir une forme de mise en danger de soi dans le travail d’écriture quand on insère des souvenirs assez essentiels, il y a un effet de vertige un peu masochiste, quelque chose comme ça, je ne sais pas trop décrire cette sensation.
Mais bon, personnellement je ne fais pas d’autofiction stricto sensu.
Maintenant, c’est vrai que c’est devenu une sorte de genre dans la BD française et le problème d’un genre quand il devient à la mode, c’est qu’il offre un canevas qui paraît simple et qui permet à toutes les feignasses de se greffer dessus en espérant faire un carton.
Ce sont d’ailleurs en général ces derniers qui ont effectivement du succès, alors ils sont encouragés.
Je fais très peu de travail de commande en définitive, mais il est certain que c’est différent : quand je fais un dessin, mettons pour une expo, je me pose davantage des questions de composition de l’image etc.ce que j’y met d’un point de vue purement figuratif dépend de moi, de mes envies ou des références culturelles ou autres que j’ai envie d’y mettre.
Pour une illustration, je me pose à peu près les mêmes questions sauf que je privilégie surtout le lien avec le texte à illustrer. C’est moins libre.
Pas pour le moment, car j’éprouve peu de plaisir à dessiner de la bande dessinée. J’aime faire des dessins disons, non narratifs etc. mais le dessin de BD, je trouve ça fastidieux et souvent assez ennuyeux à faire, alors si je n’ai pas le plaisir de l’écriture et du découpage etc. pour me motiver, je pense que je trouverais ça tout simplement déprimant.
Mais peut-être que je changerai d’avis.
C’est drôle car j’avais un peu envisagé les larmes d’ezechiel comme une bd de genre, une romance en l’ocurence, mais il est vrai que ça ne marche pas trop sur ce registre…
Mais oui, j’aimerais faire de la bd de genre, la prochaine en vue sera une fable cruelle sur l’enfance, est-ce un genre littéraire ? un peu, non ?
Il faudrait que je relise la Comtesse de Ségur et poil de carottes, ce genre de choses un peu sadiques.
J’aimerais trouver une idée valable de scénario d’épouvante mais ça me semble compliqué. Compliqué parce que si tu fais de l’épouvante mais qu’au final ça ne fait pas peur, quel intérêt ? or, créer la peur en bd, c’est loin d’être évident...
Mais j’aimerais bien m’y atteler.
La sf m’attire moins, la sf en bd m’a toujours assez mortellement ennuyé.
Le fantastique m’intéresse aussi. Mais je ne suis pas non plus convaincu que ça soit un genre très applicable à la bande dessinée ou tout du moins pas un genre que je serais capable d’appliquer.
Mais j’aime beaucoup les films de John Carpenter alors c’est tentant.
En ce moment je fais surtout du dessin pour des expos, sinon je vais faire cette bd sur les déboires d’un gamin qu’une vieille grand-mère accariâtre force à se déguiser en petite fille. Ça c’est prévu pour une nouvelle collection de livres courts (30 à 38 pages) mais de grand format chez Actes Sud.
J’espère finir ça pour septembre 2010.
Ce sera a priori assez méchant.
Et puis après je ne sais pas… je vais peut-être piquer une crise et abandonner la BD car c’est un peu ingrat.
Peut-être un recueil de dessins un de ces jours.
Ah oui ça, ça serait bien.
mardi 19 janvier 2010
LE RAYON VERT | FRÉDÉRIC BOILET
LE RAYON VERT | Frédéric Boilet | Les Impressions Nouvelles
Si le dessin est joliment connoté "années 80", la colorisation quant à elle tente de retrouver ses effets d'antan tout en trahissant parfois sur quelques pages l'époque à laquelle elle a été réellement ré-élaborée. S'en dégage une drôle d'impression, comme si l'album naviguait dans une époque difficile à déterminer.Le deuil, la culpabilité, la rédemption sont des thèmes évoqués dans un contexte vraiment très original (la cathédrale de Strasbourg et l'Observatoire du Pic du Midi) parvenant à relier lieux, légendes urbaines, références à Jules Verne, présent et traumatismes passés. Sans être un chef d'œuvre définitif, Le Rayon Vert reste néanmoins un témoignage précieux pour qui connait la future œuvre de Boilet puisque sa méthode personnelle de travail (investigation personnelle, constitution d'une grosse documentation à chaque nouveau projet, travail d'après des bases photographiques) s'élaborera à partir de cet album.
En bonus, Les Impressions Nouvelles nous offrent une postface où l'auteur revient sur la genèse du projet, sa courte existence en librairie, ainsi qu'une série de dessins et de photos inédites.
du quotidien suisse LE COURRIER)
BUZZ-MOI | AURÉLIA AURITA
Souvenez-vous, en mars 2006, une petite BD impudique et pleine fraicheur sortait et créait son petit effet, non seulement dans le milieu de la BD, mais aussi (et surtout) dans les "grands médias". Trois ans après la sortie de "Fraise et Chocolat", et bien qu'ayant donné une suite à son ouvrage, Aurélia Aurita n'a jamais capitalisé sur les aspects les plus vendeurs de son ouvrage phare (l'érotisme), et préfère aujourd'hui produire un ouvrage parlant de la réception médiatique, critique et public de "Fraise et Chocolat" plutôt que d'en refaire une pâle copie.
Toujours aussi vivace et productive (elle a signé l'an passé son meilleur ouvrage, le très Orwelien "Je ne verrai pas Okinawa"), Aurélia Aurita revient donc dans "Buzz-Moi" sur l'enchainement des événements qui ont faits d'elle en quelques mois une des grandes figures de la BD francophone. En une dizaine de chapitres, elle dresse le portrait d'un monde médiatique avide de nouveauté mais avare de temps qu'il consacre aux œuvres, papillonnant de "buzz" en "buzz", jamais à un raccourci près. Dans l'autofiction d'Aurélia, la franchise a toujours été une valeur incontournable, qui s'applique aussi bien à son entourage, aux événements qu'elle décrit qu'à elle-même. Il n'y a qu'à voir avec quelle simplicité (et quelle économie de moyen) elle décrit l'agaçante fausse nonchalance d'un Frédéric Beigbeder qu'elle rencontre lors de son passage au "Grand Journal" sur Canal +. La journaliste de "Elle" qui n'a pas lu le livre mais pour qui "ça n'a aucune importance" en prends aussi pour son grade. Entre l'obligation implicite de devoir promouvoir son livre, répondre aux attentes de son éditeur et son besoin de préserver à tout prix son intégrité, on découvre une nouvelle facette du double fictionnel d'une Aurélia Aurita qui se demande comment gérer sa carrière, garder la tête froide, mais surtout garder son calme face à des journalistes qui ne veulent voir dans ses œuvres polissonnes que l'œuvre d'une petite exhibitionniste de service. "Buzz-moi" offre quelques pistes de réfléxions qui sont autant de conseils aux jeunes (encore plus jeunes) auteurs qu'une pertinente critique du grand cirque médiatique.du quotidien suisse LE COURRIER)
E DANS L'EAU | RICA & OZANAM
E dans l'Eau, c'est un peu l'arlésienne de Rica. Le livre sur lequel il travaillait depuis des années, qu'il nous promettait de finir bientôt, mais dont la sortie n'a cessée d'être repoussée. Un changement d'éditeur plus tard (adieu Albin Michel, bonjour Glenat), l'album est aujourd'hui disponible, et on peux dire que la surprise concernant la qualité scénaristique de l'objet et le contenu graphique est à la hauteur de la déception du travail éditorial effectué par Drugstore.
Couverture hideuse, colorimétrie catastrophique (une bonne moitié de l'album est si obscure que certaines pages sont une torture pour les yeux, réduisant ainsi à néant la profondeur de champs et le travail sur les teintes), on aurait pourtant tort de bouder cet excellent album largement inspiré par tout un pan du cinéma moderne américain. On y cite David Fincher, mais aussi Louis Malle. Le scénariste en chef Antoine Ozanam découpe son histoire en chapitres selon le point de vue de plusieurs personnage comme dans un film de Tarantino. Mais par dessus tout, certains personnages, gavés de références cinématographiques, finissent eux-mêmes par croire qu'on peux vivre dans la vraie vie comme dans une fiction holywoodienne. Proche de l'univers d'un True Romance, E dans l'Eau lorgne aussi fortement du côté du cinéma des Frères Coen avec son récit policier elliptique, nébuleux et rural.Vous l'aurez devinés, E dans l'Eau ne doit pas forcément grand chose à la BD, et défile plutôt sous nos yeux comme un storyboard de luxe. Alors qu'un autre bordelaise (Tanxxx) a gagné il y a quelques semaines le "prix de la meilleure BD adaptable au cinéma" au festival de Monaco, c'est à se demander si le jury ne s'est pas trompé d'album, tant E dans l'Eau ne semble attendre qu'un réalisateur inspiré pour lui donner une autre vie. Un BD inspirée par le cinéma et adaptée pour le grand écran, voilà un objet qui ouvrirait de nombreuses et nouvelles perspectives.
INTERVIEW ANGÉLIQUE BOSIO | LLIK YOUR IDOLS
LLIK YOUR IDOLS
LA LANGUE BIEN PENDUE
D'ANGELIQUE BOSIO
Angélique Bosio, elle, a préféré Faire avant de Prétendre. Favorisé l'acte au discours. Bien que Llik Your Idols ait été réalisé dans des conditions très artisanales, sans l'aide du CNC ou d'une quelconque chaine de télé, rien n'a jamais empêché le film de faire le tour des festivals du monde entier et d'être édité en DVD aussi bien aux États Unis qu'au Japon.
Alors que ce documentaire consacré au "Cinéma de Transgression" (l'équivalent cinématographique de la No Wave, avec en tête de gondole Richard Kern, Nick Zedd, Lydia Lunch) sort ce mois-ci aux éditions du Chat Qui Fume, Angélique Bosio termine simultanément son deuxième et troisième documentaire. Petite fourmi travailleuse, simple, spontanée, lucide, elle nous raconte la genèse du film, ce qui l'a poussé à sortir de la calle pour prendre la barre du navire.
Comment et quand est né le projet Llik Your Idols ? Entre le moment où tu as eu l'idée et la première projection, combien de temps s'est écoulé ? L’idée existe depuis mon adolescence, même si elle a été imprécise et changeante. J’écoutais alors des groupes tels que Sonic Youth, Royal Trux, The Jon Spencer Blues Explosion etc. Les noms de Richard Kern et Nick Zedd notamment sont donc apparus à cette époque, et l’un de mes amis (JB Hanak de Ddamage, qui a fini par faire la musique du documentaire) m’a offert une VHS pirate de leurs films, édités en France par Haxan. Par la suite, j’ai pensé écrire un livre, des articles, organiser une rétrospective etc. Jamais rien de concret, mais l’idée était là. Lorsque j’ai commencé à travailler dans l’audiovisuel, l’envie s’est naturellement concrétisée sous la forme d’un film documentaire, parce que j’avais besoin d’être "créative", de faire quelque chose de mes mains. Mon travail d’assistante de production ne me suffisait pas, il me fallait combler quelque chose. C’était pendant l’été 2002. J’ai décidé de contacter les personnes impliquées dans le mouvement dit du Cinéma de la transgression, et tout s’est passé en quelques semaines : j’ai écrit des emails, réservé des billets, compté sur ma chance, et suis partie pour New York en toute inconscience. Puis les choses se sont compliquées, plusieurs sociétés de production se sont succédées, l’histoire est assez complexe… Le financement a posé de gros problèmes. Disons qu’il a été inexistant. Au bout de 5 ans, le projet a été finalisé et projeté au Palais de Tokyo dans le cadre de l’exposition Steve Parrino. Puis il m’a fallu deux ans encore pour régler des problèmes causés par des petits producteurs véreux, l’envoyer en festivals, et le vendre.
Quelle "vie" a eu le film jusque là ?
Je n’ai pas de culture cinématographique, à la base. Je viens d’une famille qui ne s’intéresse pas à la culture en général. Ce qui me passionnait, c’était la musique et la littérature, pour faire simple. Or je ne voulais pas travailler dans ces milieux, j’ai donc fait une école de "management culturel", à l’aveugle, désireuse que j’étais de travailler dans l’art contemporain, ou dans le cinéma. Honnêtement, je ne m’y connaissais que très peu, j’avançais à l’aveuglette. Finalement j’ai rencontré Dominique Tupin (Mondo Films) pour qui j’ai quitté mon école puis j’ai travaillé comme assistante de production, pour faire simple de nouveau. La réalisation était une envie de m’essayer à quelque chose, mais pas un acte de foi. Je me sentais libre car je n’y connaissais rien. Je ne me considère pas comme une réalisatrice. J’essaie, j’apprends… En revanche je prends très au sérieux ce que je fais. Et je crois qu’avec Le Chat Qui Fume, on a trouvé un équilibre instable qui nous satisfait.
Combien a couté la production d'un film comme Llik Your Idols ? Comment arrives t-on aujourd'hui à se faire financer un tel film, sur un sujet qui, j'imagine, ne doit pas passionner grand monde au CNC ?
Je ne saurais pas le dire précisément. Je peux donner un chiffre d’après quelques factures, mais il a coûté à la fois peu cher pour un tel documentaire (je n’ai payé aucun droit sur les films, tout m’a été gracieusement mis à disposition), et très cher en termes de dommages collatéraux (conséquences sur ma vie privée et professionnelle, bataille juridique, etc.). Je l’ai financé moi-même, n’ayant jamais obtenu d’aide ou de pré-achat. Mais je pense que tu te trompes un peu sur le CNC. Je ne suis pas passé loin de l’aide au début. Et il faut avouer que j’ai fait les choses à l’envers. J’ai commencé à tourner avant toute autre chose. La difficulté est surtout de ne pas avoir eu de réel producteur ou collaborateur. Avec une vraie implication, un réseau etc. Et je pense qu’il y a eu "erreur" de timing. Enfin, j’ai fait toutes les erreurs possibles et imaginables avec ce film. Mais tant mieux dans un sens.

Ton film s'appelle Llik Your Idols, c'est un clin d'œil à un autre documentaire dont le sujet est assez proche du tiens et qui se nomme Kill Your Idols. Est-ce une façon de créer un lien de filiation, une façon de faire allégeance ? N'as-tu jamais eu peur qu'en choisissant ce titre, tu ai du mal à tirer ton film hors de l'ombre de Kill Your Idols ?
Pas du tout, ce serait plutôt un clin d’œil au slogan Punk et au morceau de Sonic Youth (auxquel se réfère lui-même S.A. Crary d’ailleurs), mais le titre a été choisi en 2002 et même avec la sortie du documentaire de Scott, je n’ai pas voulu changer mon titre. Ce n’est donc ni un lien de filiation, ni une manière de faire allégeance !!!!
Redonnons à Richard Hell et aux autres ce qui leur appartient.
A t-il été simple de rentrer en contact avec tous ces gens qui, aujourd'hui, sont devenus pour certains des artistes contemporains très reconnus ?
Oui, très simple. Un email, et tous ont plus ou moins répondu immédiatement. Ils ont été très disponibles.
Les avant-gardes sont souvent des mouvements éphémères qui finissent très souvent par influencer les structures qu'ils souhaitaient initialement combattre. C'est une des grandes leçons de l'histoire de l'art du XXème siècle. L'avant-garde New-Yorkaise des années 80 n'a pas échappé à ce phénomène...
Je pense que ce n’est pas une leçon du 20ème siècle mais un phénomène des plus naturels, et vieux comme le monde. Ce qui est nouveau et perturbateur devient la norme, et ainsi de suite. C’est un cycle infini. Cela marche avec tout. Notamment en art. Ce qui m’intéresse avec ces artistes c’est justement le fait que Kern par exemple soit publié aujourd’hui par Taschen et que l’on regarde son parcours sur le long terme, non en regardant avec nostalgie ce qu’il a été à 25 ans. Je suis bien plus fascinée par la survivance, quoi qu’elle implique (car elle implique des choses différentes avec Kern et Zedd par exemple) que par le coup d’éclat sublimé par les autres. L’avant garde n’est qu’un début de quelque chose d’autre.
En revanche, ceux qui ont réussis ne sont pas pour autant montrés comme des opportunistes. Etais-ce un désir de les montrer tels quels ? Ou bien as-tu eu simplement la chance de t'intéresser à des gens qui n'ont jamais eu recours à de vicieux calculs pour réussir ?
Je me suis intéressée à un pseudo mouvement pour pouvoir parler de ces personnes, à travers lui. Ce mouvement n’est qu’un exemple de postures artistiques ou humaines, de choix de vie. Il me permet de raconter l’histoire d’une ville, et de ses protagonistes, mais je ne le considère pas comme un véritable mouvement. En tant que tel, il ne m’excite pas assez pour en faire tout un documentaire. Tous continuent, pas seulement Nick Zedd. Certes il continue de faire "la même chose" (je n’aurais pas parlé de dépit du tout) mais il incarne un aspect des choix dont je parle. Kern en incarne un autre. Il n’y a pas de jugement moral ou artistique de ma part. Mais pour moi, ils me permettent tous ensemble de parler des décisions qui font évoluer notre travail, notre vie etc. car ils sont tous différents, partant d’un même point de départ. Je n’ai pas eu le désir de les montrer d’aucune manière que ce soit, j’ai voulu leur poser certaines questions et les montrer le plus naturellement possible. Je n’aurais pas eu de problèmes à mettre en valeur des calculs pervers potentiels. Pour toi, il n’y en a ici aucun. Pour d’autres, Kern a fait des choix douteux qui ont amoindri son travail (je ne vois pas les choses comme cela, soit dit en passant). Par exemple, la seconde édition de NY Girls, chez Taschen, était dépendante de sa décision d’enlever les photos sanglantes de mâles. Il a accepté. Je ne juge pas, comme je l’ai dit, je présente les faits, les avis divers, et je dis que c’est une manière de survivre, j’en regarde ensuite les conséquences. Si je m’intéresse à Kern, c’est qu’il a survécu à des choses, fait perdurer son travail. Chez toutes ces personnes, il y a, derrière l’aspect auto-destructeur de cette période, ou de la nature de certains, un dynasmisme de vie incroyable.
Il me semble que ces mouvements musicaux/culturels nés aux Etats-Unis dans les années 80 tels la No Wave et le Hardcore US ont étés les derniers authentiques mouvements contre-culturels ou avant-gardistes du monde contemporain. Depuis, j'ai la sensation que tous les mouvements contre-culturels, quels qu'ils soient, sont soient tués dans l'œuf, soient sont condamnés à faire ressortir quelques vieux squelettes du placard, soient n'expriment rien d'authentique, copmme s'ils avaient perdus toute spontanéité en ayant assimilé les façons de faire et les leçons des mouvements qui les ont précédés. Qu'en penses-tu ?
Parce que tu regardes avec nostalgie et colère. Sinon, tu verrais que d’autres choses se passent, qu’elles te touchent ou non, mais que d’autres personnes tentent des choses. Le lieu n’est plus le même, le contexte non plus, donc les formes d’expression non plus etc. Je ne peux pas parler de cette manière, car avant tout, je ne peux pas considérer que je maîtrise et connaisse tout ce qui est fait. Qui connaissait les films de Richard Kern en 83 ? Les films de Zedd en 79 ? Les choses changent et tant mieux. Et puis je ne recherche pas systématiquement la contre-culture. Ce serait un piège.
Je ne suis pas séduite en général par l’idée de mouvement. Je pense que ce sont généralement des alliances humaines, des questions d’affinités, de réseaux, mais pas une armée qui mérite d’être considérée comme une œuvre en tant que telle. Je suis plus intéressée par les personnalités qui en émergent. Je ne peux pas non plus chercher des équivalents en terme d’impact ou autre, je ne pense pas de cette manière. Je ne cherche pas des choses semblables. De plus, j’aime beaucoup errer dans de vieux musées. Je veux apprendre un maximum de choses, et n’ai aucun mépris pour ce qui est poussiéreux. L’authenticité n’a à mon sens pas plus de crédit chez de jeunes artistes que dans de vieux musées. Je ne comprends pas ce que le mot vient faire là. Je ne sais pas quoi te dire… J’attends avec impatience d’aller voir les œuvres d’Ana Mendieta, dont je n’ai vu qu’une poignée de photos et une seule vidéo, le mois prochain. Son travail me touche. Je le trouve intemporel, plein de thèmes qui me touchent très directement et profondément. Je développe une certaine curiosité pour la boxe, à travers Harry Crews notamment. Je m’intéresse beaucoup à la photographie, avec des gens comme Sally Mann etc. Beaucoup de choses me touchent, m’intéressent, soulèvent des questions. Toutes ces choses ont un impact différent mais formidable.
Quels sont les événements qui t'ont menés dans la litière du Chat Qui Fume ?
Ils m’ont enlevée, séquestrée et fait subir des sévices que je ne saurai nommer, mais qui m’ont convaincue de rester auprès d’eux.
Outre défendre la sortie de Llik You Idols en DVD, as-tu d'autres projets en cours en terme de réalisation?
Oui, deux documentaires. L’un sur Bruce Labruce (cinéaste/photographe underground issu de la scène queer-punk canadienne, Ndr), que nous terminons début octobre, produit par Le Chat Qui Fume, l’autre sur Fifi Chachnil (costumière et créatrice de mode, Ndr), également produit par le Chat. Je ne peux pas en dire grand chose pour le moment, je suis superstitieuse… Et je compte bien faire de la photo un maximum l’an prochain, quand j’aurai plus de temps à y consacrer.
LLIK YOUR IDOLS
Un film d'Angélique Bosio avec Richard Kern, Lydia Lunch, Bruce LaBruce, Thurston Moore, Joe Coleman, Nick Zedd...
Durée: 1h10 / Langue: Anglais / Sous-titres: Français
Bonus: Interview Angélique Bosio / Court métrage Police State de Nick Zedd ! Court métrage War is menstrual envy de Nick Zedd / Court métrage Fingered de Richard Kern / Court métrage You kill me first de Richard Kern / Bandes-annonces
Édité au Chat Qui Fume
www.lechatquifume.com






