jeudi 4 février 2010

INTERVIEW MATTHIAS LEHMANN | LES LARMES D'EZECHIEL

Les BD de Matthias Lehmann sont trop rares que chacune
de ses nouvelles parutions ne soit pas en soi un événement
.
LES LARMES D'EZECHIEL, disponible depuis quelques mois
chez Actes Sud BD, dans une splendide édition (comme toujours
chez cet éditeur), est probablement l'album le plus "rafraichissant"
(si je puis m'exprimer ainsi pour un album abordant des thèmes aussi
sérieux que celui de l'alcoolisme ou de la mort) qu'on ait pu lire
cette année. La preuve, il n'a été nominé dans aucune
catégorie pour Angoulême 2010.
Petit entretien avec l'auteur. Juste une mise au point
sur les plus belles images de sa vie.

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1/ Bon, désolé, tu dois en avoir marre de cette question, mais bon, comment ne pas te la poser : Dans ta bio qu’ Actes Sud fait circuler, on peux lire que tu te revendiques "Franco-Brésilien". Peux-tu nous en dire plus sur tes origines et en quoi, selon toi, cette "double-nationalité" influe sur ton travail artistique ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une revendication, mon éditeur l’a formulé comme tel peut-être parce que ça peut étonner les gens que je me dise franco-brésilien alors que je suis né et que je vis en France depuis toujours.
Ma mère est brésilienne, mon père est français mais la première langue que mes sœurs et moi avons parlé (car on la parlait à la maison) c’est le portugais. Après il y a beaucoup de références culturelles propres au Brésil qui nous ont été transmises, puis on allait au Brésil souvent, on mangeait brésilien chez nous, il ya tout un ensemble de choses qui faisaient que quand j’allais chez mes petits camarades, je sentait une différence.
Tout ça a dans une certaine mesure aboutit à un sentiment de décalage : on n’a pas tout à fait les mêmes repères que nos contemporains en France et au Brésil, on n’est pas vraiment du Brésil non plus.
Et puis ma mère a toujours vécu à contre-cœur en France alors elle nous a un peu transmis sa nostalgie etc. du coup vers 20 ans, je me suis interessé de plus près à la culture populaire brésilienne, aux contes de Monteiro Lobato, la littérature populaire et les gravures du Nordeste, la peinture « regionaliste » de Portinari ou de Quignard, la musique caipira (sorte de country brésilienne) etc. et c’était presque pour le coup revendicatif d’ inclure ça dans mon travail, surtout dans mes dessins ou mes peintures comme dans « o pesadelo de gustavo ninguem » publié par le dernier cri en 2000 et même dans l’étouffeur, certaines séquences s’inspirent de la nature du Brésil, voire plus précisément de Minas Gerais, d’où vient ma famille.
Bon, tout ça fait partie de moi, je ne sais pas vraiment quand ça m’influence ou pas… dans le dernier livre pas des masses je pense. Enfin pas de manière ostentatoire.

Aligné à droite2/ Au delà de tes origines, on sent malgré tout une grande influence de la BD américaine indépendante dans ton travail, allant de Crumb à des artistes plus contemporains comme Chester Brown. Si le contexte de ton dernier album est français, on a quand même le plus grand mal à se dire que nous tenons entre les mains le travail d'un artiste vivant en France.

L’influence de la bande dessinée américaine c’est certain. Quand j’étais petit je n’ai jamais lu de comics de super héros car ça m’ennuyait trop, par contre j’adorais Franquin, Fred, F’murr, Hergé etc. Le premier américain qui a retenu mon attention c’est Eisner, j’avais emprunté les recueils du Spirit de Futuropolis à la bibliothèque et ça me passionnait, surtout graphiquement.
Après j’ai découvert Charles Burns, Art Spiegelman, Gary Panter, la génération Raw et le lien qui s’est fait après avec mon intérêt pour toute la scène du roman graphique des années 90 (Clowes, Doucet, Brown, Joe Matt,Ware et compagnie) c’est que tous ces gens OSAIENT dessiner au-delà du fait que leur approche narrative était passionnante.
Mais l’influence de la bd américaine c’est presque une vague d’influence qu’a eu l’idiosyncrasie américaine sur moi, et sur plusieurs générations d’artistes et auteurs français il faut dire…. C’est presque devenu une attitude contre-culturelle en France de s’intéresser à la culture américaine depuis les années 60.
A un moment j’étais obsédé le polar behavioriste (comme dirait Manchette), après par le blues rural et la country, le cinéma, la peinture régionaliste type Thomas Benton ou des peintres plus « urbains » comme Phillip Guston etc…

3/ Ton album "Les larmes d'Ezechiel" m'a fortement rappellé la structure de certains films indépendants américains qui n'ont ni début ni fin, ni intro ni une véritable conclusion à donner au lecteur/spectateur. Juste une série de situations, d'entrecroisements d'événements, mais aucune histoire au sens "déroulemnent classique" du terme. Le cinéma as t-il une quelconque influence sur toi ? Si oui, quel genre, quel metteur en scène, quel film t'interpelle ?

A vrai dire, bien que j’aille assez souvent au cinéma, je ne me sens pas trop influencé par ce medium, en tous cas pas sur la forme.
Je l’ai été énormément à une époque ; David Lynch étant mon super héros puis il a fait cette exposition de crouttes à la Fondation Cartier et ça m’a permis de relativiser tout ça.
Par contre si mon livre fait penser aux films estampillés « sundance », je n’ai plus qu’à me flinguer car c’est tout ce que je déteste, ha ha. Hum.
Il y a beaucoup de films qui m’ont marqué bien sûr mais si on me demande UN film, je pense immanquablement à « la poursuite impitoyable » d’Arthur Penn, je ne sais pas pourquoi, ce film un côté assez flamboyant. Mais je pourrais en citer d’autres.
Bon, tu vois, le dernier qui m’ait frappé c’est « les derniers jours du monde» des frères Larrieu et ça n’est pas franchement américain !

Concernant la structure du livre, je crois que j’ai surtout une tendance endémique à ne pas écrire de scénarii « linéaires », je me sens incapable d’écrire une histoire qui se lit simplement avec un début un milieu et une fin, je me sens toujours obligé de rajouter des rebondissements, des digressions et des espèces de ponts que je suis le seul à comprendre (peut-être).
C’est un problème car il est difficile de raconter cette histoire de manière résumée et dieu sait que si tu veux vendre un livre tu as intérêt à raconter des histoires résumables.

4/ Les artistes français actuels sont peu nombreux à être édités chez un éditeur aussi prestigieux que Fantagraphic. On a même plutôt l'habitude de voir des albums de Fantagraphic être édités dans des versions françaises que de voir des albums originellement édités en France sortir aux États-Unis. Est-ce que tu crois que ça a à voir avec ce que je te disais plus haut (la signature très "BD indé US" de tes albums) ? Dans ce cas, pourquoi les américains voudraient éditer un artiste qui fait des choses simliaires à leurs contemporains ?
Pour reformuler ma question : Qu'est-ce qui à ton avis a attiré Fantagraphic dans ton travail à ton avis ?

Mon sentiment c’est qu’il y a une approche des choses très différente entre la France et les Etats-Unis, en France quand tu traduits un auteur étranger, c’est presque considéré comme une démarche patrimoniale, on rend cet auteur accessible au lectorat etc. Aux Etats-Unis je crois qu’on se dit juste que tel ouvrage correspond à une sorte d’approche esthétique commune et ça suffit.
Effectivement, j’ai toujours baigné dans ce creuset de bande dessinée underground que je qualifierais davantage d’international qu’américain (bien qu’il est évident qu’il trouve ses sources là-bas), le dit creuset doit comprendre à tout casser quarante auteurs qui sont plus ou moins publiés ça et là par les amateurs du genre.
Fantagraphics c’est un peu la mecque pour ces gens-là alors évidemment… il faudrait demander à Kim Thompson qui a publié le livre, mais je pense qu’il a surtout aimé le travail graphique. Il est francophone (du moins il lit le français) donc c’était également plus simple de lui soumettre le projet. Le caractère assez onirique et délocalisé de l’étouffeur (HWY115 aux USA) rendait l’ouvrage aussi accessible aux américains qu’ailleurs – je pense que ça vaut pour des auteurs comme Julie Doucet, Max Andersson ou Stéphane Blanquet, l’aspect national n’a pas une très grande importance, il est évident qu’ils et elles partagent tous une culture visuelle commune.
Maintenant pour le moment, personne ne veut des larmes d’ezechiel aux Etats Unis, comme quoi le fait que ça soit plus localisé change certainement la donne.

5/ Un dessinateur/illustrateur français de moins de 30 ans qui publie chez un éditeur aussi prestigieux que Acte Sud, dont les livres sont traduits aux États-Unis chez un éditeur non moins prestigieux, qui dessine également pour des quotidiens francophones très connus. Ta situation doit-être excessivbement enviable aux yeux de pas mal de dessinateurs. Combien reçois-tu de messages plein de haine et de jalousie ?

Pas du tout, personne ne me connaît.
Quant aux quotidiens nationaux, je vais relativiser (malheureusement) : je n’ai travaillé que pour Le Monde et ce, TRES sporadiquement…
Malheureusement, il y a des situation bien plus enviables, c’est plutôt moi qui déteste un tas de mecs.
Ce ramassis de fils de putes.

6/ On te sais également musicien. Je t'ai déjà vu en concert jouant de la guitare en solo, je sais également que tu as récemment monté un groupe avec un autre dessinateur, Nicolas Moog. Que peux-tu nous dire sur ce projet ? Que peux-tu nous dire sur ta "carrière" de musicien en général ? est-ce quelque chose que tu prends autant au sérieux que ton travail de dessinateur/illustrateur ? Ou bien est-ce plus une activité dilettante ?

Je suis tout à fait dilletante et autodidacte, autant dire que je ne suis pas un musicien hors pair mais je m’en fous. Avec Nicolas et un autre ami, nous avions formé le groupe Raw Death qui joue très très rarement et à géométrie un peu variable, ça se débat dans une mare de country gluante et de old time dépressive. On a même fait un petit disque très confidentiel.
J’ai aussi enregistré un autre disque de sept titres sous mon pseudo de Plague Henry, ça fait plus d’un an qu’il est entièrement mixé etc . il ne me reste qu’à le sortir mais je suis chroniquement fauché pour mon plus grand malheur.
Au moment où je fais de la musique je prends ça tout à fait au sérieux et avec plaisir mais je n’ai aucun plan de carrière. Je serais bien en mal d’en avoir un au demeurant, mais tant mieux c’est reposant car l’ambition sclérose.

7/ Pourquoi avoir arrêté la carte à gratter pour Les Larmes d'Ezechiel ? Une envie de travailler avec d'autres technique ? Un désir de travailler plus vite ?

En fait je souhaitais effectivement travailler plus vite et c’est un pari plus ou moins réussi (j’ai quand même mis trois ans à le faire) mais ça n’est finalement pas SI différent de la carte à gratter, à part que je dessine sur la feuille en noir sur blanc mais qu’après je gratte pour faire des effets de gravure. Ça reste assez appliqué je le crains.
Bon je continue à faire beaucoup de cartes à gratter pour des dessins uniquement. Un jour je me suis dit que la bande dessinée est déjà assez fastidieuse à dessiner comme ça, faire ça à la carte à gratter en plus, c’est trop.

8/ Quelle part d'autobiographie trouves t-on dans Les Larmes d'Ezechiel ? Est-ce nouveau pour toi par rapport à l'Etouffeur de la RN 115 qui était un livre plus ouvertement fictionnel ?

Pas du tout, l’étouffeur est complètement autobiographique, j’ai vraiment tué plein de gens en leur enfonçant des objets dans la bouche !

Blague à part, il y a effectivement une part d’autobiographie dans Les Larmes mais plutôt que d’autobiographie, il s’agissait plus pour moi d’insufler du réel dans le récit ou des signes de l’époque contemporaine, un truc du genre. C’est une démarche que j’avais déjà amorcée dans des récits plus court comme dans « Grandma’s painting », une histoire parue en anglais en Slovénie et restée inédite en France jusqu’à maintenant.

9/ Quel rapport entretiens-tu plus globalement avec l'autofiction qui est un "genre" qui domine, voir etouffe beaucoup la BD française ?

Si je ne dis pas de betise, je crois que Michel Leiris, dans l’introduction qu’il écrivit pour la seconde édition de l’âge d’homme, comparait l’autofiction en littérature à la corne du taureau dans la tauromachie.
Evidemment aborder des choses vécues et très personnelle au sein d’une ficiton, c’est aussi se mettre en danger. Dans une certaine mesure.
En tous cas, on peut ressentir une forme de mise en danger de soi dans le travail d’écriture quand on insère des souvenirs assez essentiels, il y a un effet de vertige un peu masochiste, quelque chose comme ça, je ne sais pas trop décrire cette sensation.

Mais bon, personnellement je ne fais pas d’autofiction stricto sensu.

Maintenant, c’est vrai que c’est devenu une sorte de genre dans la BD française et le problème d’un genre quand il devient à la mode, c’est qu’il offre un canevas qui paraît simple et qui permet à toutes les feignasses de se greffer dessus en espérant faire un carton.
Ce sont d’ailleurs en général ces derniers qui ont effectivement du succès, alors ils sont encouragés.

10/ Tu travailles également pour divers quotidien (et magazines ?). Qu'est-ce qui change dans ta démarche quand tu dessines "pour toi" et quand tu dessines pour une commande ?

Je fais très peu de travail de commande en définitive, mais il est certain que c’est différent : quand je fais un dessin, mettons pour une expo, je me pose davantage des questions de composition de l’image etc.ce que j’y met d’un point de vue purement figuratif dépend de moi, de mes envies ou des références culturelles ou autres que j’ai envie d’y mettre.
Pour une illustration, je me pose à peu près les mêmes questions sauf que je privilégie surtout le lien avec le texte à illustrer. C’est moins libre.

11/ Accepterais-tu de travailler sur une BD dont tu n'aurais pas signé le scénario ?

Pas pour le moment, car j’éprouve peu de plaisir à dessiner de la bande dessinée. J’aime faire des dessins disons, non narratifs etc. mais le dessin de BD, je trouve ça fastidieux et souvent assez ennuyeux à faire, alors si je n’ai pas le plaisir de l’écriture et du découpage etc. pour me motiver, je pense que je trouverais ça tout simplement déprimant.
Mais peut-être que je changerai d’avis.

12/ L'Etouffeur de la RN 115 fleurtait un peu avec le "genre". Les Larmes d'Ezechiel est quant à lui plus réaliste, plus ancré dans le quotidien, la normalité. Reviendrais-tu volontiers vers le "genre" ?

C’est drôle car j’avais un peu envisagé les larmes d’ezechiel comme une bd de genre, une romance en l’ocurence, mais il est vrai que ça ne marche pas trop sur ce registre…
Mais oui, j’aimerais faire de la bd de genre, la prochaine en vue sera une fable cruelle sur l’enfance, est-ce un genre littéraire ? un peu, non ?
Il faudrait que je relise la Comtesse de Ségur et poil de carottes, ce genre de choses un peu sadiques.

13/ Il y a t-il d'autres genres que tu voudrais explorer ? La SF par exemple ? Est-ce un genre qui te tenterait d'investir ?

J’aimerais trouver une idée valable de scénario d’épouvante mais ça me semble compliqué. Compliqué parce que si tu fais de l’épouvante mais qu’au final ça ne fait pas peur, quel intérêt ? or, créer la peur en bd, c’est loin d’être évident...
Mais j’aimerais bien m’y atteler.

La sf m’attire moins, la sf en bd m’a toujours assez mortellement ennuyé.

Le fantastique m’intéresse aussi. Mais je ne suis pas non plus convaincu que ça soit un genre très applicable à la bande dessinée ou tout du moins pas un genre que je serais capable d’appliquer.
Mais j’aime beaucoup les films de John Carpenter alors c’est tentant.

14/ Du pain sur la planche pour l'avenir ? Avec quels ingrédients comptes-tu nous cuisiner pour ton prochain ouvrage ?

En ce moment je fais surtout du dessin pour des expos, sinon je vais faire cette bd sur les déboires d’un gamin qu’une vieille grand-mère accariâtre force à se déguiser en petite fille. Ça c’est prévu pour une nouvelle collection de livres courts (30 à 38 pages) mais de grand format chez Actes Sud.
J’espère finir ça pour septembre 2010.
Ce sera a priori assez méchant.

Et puis après je ne sais pas… je vais peut-être piquer une crise et abandonner la BD car c’est un peu ingrat.

Peut-être un recueil de dessins un de ces jours.
Ah oui ça, ça serait bien.

mardi 19 janvier 2010

LE RAYON VERT | FRÉDÉRIC BOILET

LE RAYON VERT | Frédéric Boilet | Les Impressions Nouvelles

En ce temps-là il avait 25 ans, il était un jeune et vert auteur de BD et n'avait pas encore émigré au japon. En ce temps-là, Frédéric Boilet publiait "Le Rayon Vert", son premier album "personnel" (après un séries d'albums commerciaux parus chez Bayard et Glénat), album qui allait disparaitre des rayons quatre mois après sa publication suite au dépôt de bilan de son éditeur de l'époque, Magix Strip. 25 ans plus tard, ce sont Les Impressions Nouvelles qui rééditent l'ouvrage dans une très sobre version, restaurée et recolorée pour l'occasion par Boilet lui-même.
Si le dessin est joliment connoté "années 80", la colorisation quant à elle tente de retrouver ses effets d'antan tout en trahissant parfois sur quelques pages l'époque à laquelle elle a été réellement ré-élaborée. S'en dégage une drôle d'impression, comme si l'album naviguait dans une époque difficile à déterminer.

Le deuil, la culpabilité, la rédemption sont des thèmes évoqués dans un contexte vraiment très original (la cathédrale de Strasbourg et l'Observatoire du Pic du Midi) parvenant à relier lieux, légendes urbaines, références à Jules Verne, présent et traumatismes passés. Sans être un chef d'œuvre définitif, Le Rayon Vert reste néanmoins un témoignage précieux pour qui connait la future œuvre de Boilet puisque sa méthode personnelle de travail (investigation personnelle, constitution d'une grosse documentation à chaque nouveau projet, travail d'après des bases photographiques) s'élaborera à partir de cet album.

En bonus, Les Impressions Nouvelles nous offrent une postface où l'auteur revient sur la genèse du projet, sa courte existence en librairie, ainsi qu'une série de dessins et de photos inédites.
(Chronique parue dans le supplément culturel
du quotidien suisse LE COURRIER)

BUZZ-MOI | AURÉLIA AURITA

BUZZ-MOI | Aurélia Aurita | Les Impressions Nouvelles

Souvenez-vous, en mars 2006, une petite BD impudique et pleine fraicheur sortait et créait son petit effet, non seulement dans le milieu de la BD, mais aussi (et surtout) dans les "grands médias". Trois ans après la sortie de "Fraise et Chocolat", et bien qu'ayant donné une suite à son ouvrage, Aurélia Aurita n'a jamais capitalisé sur les aspects les plus vendeurs de son ouvrage phare (l'érotisme), et préfère aujourd'hui produire un ouvrage parlant de la réception médiatique, critique et public de "Fraise et Chocolat" plutôt que d'en refaire une pâle copie.

Toujours aussi vivace et productive (elle a signé l'an passé son meilleur ouvrage, le très Orwelien "Je ne verrai pas Okinawa"), Aurélia Aurita revient donc dans "Buzz-Moi" sur l'enchainement des événements qui ont faits d'elle en quelques mois une des grandes figures de la BD francophone. En une dizaine de chapitres, elle dresse le portrait d'un monde médiatique avide de nouveauté mais avare de temps qu'il consacre aux œuvres, papillonnant de "buzz" en "buzz", jamais à un raccourci près. Dans l'autofiction d'Aurélia, la franchise a toujours été une valeur incontournable, qui s'applique aussi bien à son entourage, aux événements qu'elle décrit qu'à elle-même. Il n'y a qu'à voir avec quelle simplicité (et quelle économie de moyen) elle décrit l'agaçante fausse nonchalance d'un Frédéric Beigbeder qu'elle rencontre lors de son passage au "Grand Journal" sur Canal +. La journaliste de "Elle" qui n'a pas lu le livre mais pour qui "ça n'a aucune importance" en prends aussi pour son grade. Entre l'obligation implicite de devoir promouvoir son livre, répondre aux attentes de son éditeur et son besoin de préserver à tout prix son intégrité, on découvre une nouvelle facette du double fictionnel d'une Aurélia Aurita qui se demande comment gérer sa carrière, garder la tête froide, mais surtout garder son calme face à des journalistes qui ne veulent voir dans ses œuvres polissonnes que l'œuvre d'une petite exhibitionniste de service. "Buzz-moi" offre quelques pistes de réfléxions qui sont autant de conseils aux jeunes (encore plus jeunes) auteurs qu'une pertinente critique du grand cirque médiatique.
(Chronique parue dans le supplément culturel
du quotidien
suisse LE COURRIER)

E DANS L'EAU | RICA & OZANAM

E DANS L'EAU | Rica et Ozanam | Drugstore

E dans l'Eau, c'est un peu l'arlésienne de Rica. Le livre sur lequel il travaillait depuis des années, qu'il nous promettait de finir bientôt, mais dont la sortie n'a cessée d'être repoussée. Un changement d'éditeur plus tard (adieu Albin Michel, bonjour Glenat), l'album est aujourd'hui disponible, et on peux dire que la surprise concernant la qualité scénaristique de l'objet et le contenu graphique est à la hauteur de la déception du travail éditorial effectué par Drugstore.

Couverture hideuse, colorimétrie catastrophique (une bonne moitié de l'album est si obscure que certaines pages sont une torture pour les yeux, réduisant ainsi à néant la profondeur de champs et le travail sur les teintes), on aurait pourtant tort de bouder cet excellent album largement inspiré par tout un pan du cinéma moderne américain. On y cite David Fincher, mais aussi Louis Malle. Le scénariste en chef Antoine Ozanam découpe son histoire en chapitres selon le point de vue de plusieurs personnage comme dans un film de Tarantino. Mais par dessus tout, certains personnages, gavés de références cinématographiques, finissent eux-mêmes par croire qu'on peux vivre dans la vraie vie comme dans une fiction holywoodienne. Proche de l'univers d'un True Romance, E dans l'Eau lorgne aussi fortement du côté du cinéma des Frères Coen avec son récit policier elliptique, nébuleux et rural.

Vous l'aurez devinés, E dans l'Eau ne doit pas forcément grand chose à la BD, et défile plutôt sous nos yeux comme un storyboard de luxe. Alors qu'un autre bordelaise (Tanxxx) a gagné il y a quelques semaines le "prix de la meilleure BD adaptable au cinéma" au festival de Monaco, c'est à se demander si le jury ne s'est pas trompé d'album, tant E dans l'Eau ne semble attendre qu'un réalisateur inspiré pour lui donner une autre vie. Un BD inspirée par le cinéma et adaptée pour le grand écran, voilà un objet qui ouvrirait de nombreuses et nouvelles perspectives.

INTERVIEW ANGÉLIQUE BOSIO | LLIK YOUR IDOLS

____Interview parue dans le numéro 13 du magazine Noise____

LLIK YOUR IDOLS
LA LANGUE BIEN PENDUE
D'ANGELIQUE BOSIO


"Attention à ne pas jouer au génie parce qu'on risque de le devenir", disait Salvador Dali. Ces paroles, combien de jeunes cinéastes l'ont pris au premier degré et attendent encore aujourd'hui le cul posé sur leur égo surdimentionné que quelqu'un les "découvre" ?
Angélique Bosio, elle, a préféré Faire avant de Prétendre. Favorisé l'acte au discours. Bien que Llik Your Idols ait été réalisé dans des conditions très artisanales, sans l'aide du CNC ou d'une quelconque chaine de télé, rien n'a jamais empêché le film de faire le tour des festivals du monde entier et d'être édité en DVD aussi bien aux États Unis qu'au Japon.
Alors que ce documentaire consacré au "Cinéma de Transgression" (l'équivalent cinématographique de la No Wave, avec en tête de gondole Richard Kern, Nick Zedd, Lydia Lunch) sort ce mois-ci aux éditions du Chat Qui Fume, Angélique Bosio termine simultanément son deuxième et troisième documentaire. Petite fourmi travailleuse, simple, spontanée, lucide, elle nous raconte la genèse du film, ce qui l'a poussé à sortir de la calle pour prendre la barre du navire.

Comment et quand est né le projet Llik Your Idols ? Entre le moment où tu as eu l'idée et la première projection, combien de temps s'est écoulé ?

L’idée existe depuis mon adolescence, même si elle a été imprécise et changeante. J’écoutais alors des groupes tels que Sonic Youth, Royal Trux, The Jon Spencer Blues Explosion etc. Les noms de Richard Kern et Nick Zedd notamment sont donc apparus à cette époque, et l’un de mes amis (JB Hanak de Ddamage, qui a fini par faire la musique du documentaire) m’a offert une VHS pirate de leurs films, édités en France par Haxan. Par la suite, j’ai pensé écrire un livre, des articles, organiser une rétrospective etc. Jamais rien de concret, mais l’idée était là. Lorsque j’ai commencé à travailler dans l’audiovisuel, l’envie s’est naturellement concrétisée sous la forme d’un film documentaire, parce que j’avais besoin d’être "créative", de faire quelque chose de mes mains. Mon travail d’assistante de production ne me suffisait pas, il me fallait combler quelque chose. C’était pendant l’été 2002. J’ai décidé de contacter les personnes impliquées dans le mouvement dit du Cinéma de la transgression, et tout s’est passé en quelques semaines : j’ai écrit des emails, réservé des billets, compté sur ma chance, et suis partie pour New York en toute inconscience. Puis les choses se sont compliquées, plusieurs sociétés de production se sont succédées, l’histoire est assez complexe… Le financement a posé de gros problèmes. Disons qu’il a été inexistant. Au bout de 5 ans, le projet a été finalisé et projeté au Palais de Tokyo dans le cadre de l’exposition Steve Parrino. Puis il m’a fallu deux ans encore pour régler des problèmes causés par des petits producteurs véreux, l’envoyer en festivals, et le vendre.

Quelle "vie" a eu le film jusque là ?

Une vie chaotique mais joyeuse… Il a parcouru les festivals dans différents pays, aux Etats-Unis, en Corée, en Australie etc… Le parcours habituel. Comme je l’ai dit, j’ai du me battre sur un plan légal en raison de manœuvres douteuses de la part d’une boite de production française. Aujourd’hui, le documentaire est sorti en DVD aux Etats-Unis, au Japon, et prévu en Europe pour le 6 octobre prochain chez Le Chat Qui Fume, et plus tard chez Monitor Pop. L’accueil a été plutôt bon, je dirais, de mon expérience dans les festivals et d’après les articles que j’ai pu lire. Personne ne m’a encore jeté des pierres en tout cas.

(angélique bosio)

Llik Your Idols est ton premier film. Comment en es-tu venue à la réalisation ? Quel est ton parcours ?

Je n’ai pas de culture cinématographique, à la base. Je viens d’une famille qui ne s’intéresse pas à la culture en général. Ce qui me passionnait, c’était la musique et la littérature, pour faire simple. Or je ne voulais pas travailler dans ces milieux, j’ai donc fait une école de "management culturel", à l’aveugle, désireuse que j’étais de travailler dans l’art contemporain, ou dans le cinéma. Honnêtement, je ne m’y connaissais que très peu, j’avançais à l’aveuglette. Finalement j’ai rencontré Dominique Tupin (Mondo Films) pour qui j’ai quitté mon école puis j’ai travaillé comme assistante de production, pour faire simple de nouveau. La réalisation était une envie de m’essayer à quelque chose, mais pas un acte de foi. Je me sentais libre car je n’y connaissais rien. Je ne me considère pas comme une réalisatrice. J’essaie, j’apprends… En revanche je prends très au sérieux ce que je fais. Et je crois qu’avec Le Chat Qui Fume, on a trouvé un équilibre instable qui nous satisfait.

Combien a couté la production d'un film comme Llik Your Idols ? Comment arrives t-on aujourd'hui à se faire financer un tel film, sur un sujet qui, j'imagine, ne doit pas passionner grand monde au CNC ?

Je ne saurais pas le dire précisément. Je peux donner un chiffre d’après quelques factures, mais il a coûté à la fois peu cher pour un tel documentaire (je n’ai payé aucun droit sur les films, tout m’a été gracieusement mis à disposition), et très cher en termes de dommages collatéraux (conséquences sur ma vie privée et professionnelle, bataille juridique, etc.). Je l’ai financé moi-même, n’ayant jamais obtenu d’aide ou de pré-achat. Mais je pense que tu te trompes un peu sur le CNC. Je ne suis pas passé loin de l’aide au début. Et il faut avouer que j’ai fait les choses à l’envers. J’ai commencé à tourner avant toute autre chose. La difficulté est surtout de ne pas avoir eu de réel producteur ou collaborateur. Avec une vraie implication, un réseau etc. Et je pense qu’il y a eu "erreur" de timing. Enfin, j’ai fait toutes les erreurs possibles et imaginables avec ce film. Mais tant mieux dans un sens.


Ton film s'appelle Llik Your Idols, c'est un clin d'œil à un autre documentaire dont le sujet est assez proche du tiens et qui se nomme Kill Your Idols. Est-ce une façon de créer un lien de filiation, une façon de faire allégeance ? N'as-tu jamais eu peur qu'en choisissant ce titre, tu ai du mal à tirer ton film hors de l'ombre de Kill Your Idols ?


Pas du tout, ce serait plutôt un clin d’œil au slogan Punk et au morceau de Sonic Youth (auxquel se réfère lui-même S.A. Crary d’ailleurs), mais le titre a été choisi en 2002 et même avec la sortie du documentaire de Scott, je n’ai pas voulu changer mon titre. Ce n’est donc ni un lien de filiation, ni une manière de faire allégeance !!!!
Redonnons à Richard Hell et aux autres ce qui leur appartient.

A t-il été simple de rentrer en contact avec tous ces gens qui, aujourd'hui, sont devenus pour certains des artistes contemporains très reconnus ?

Oui, très simple. Un email, et tous ont plus ou moins répondu immédiatement. Ils ont été très disponibles.

Les avant-gardes sont souvent des mouvements éphémères qui finissent très souvent par influencer les structures qu'ils souhaitaient initialement combattre. C'est une des grandes leçons de l'histoire de l'art du XXème siècle. L'avant-garde New-Yorkaise des années 80 n'a pas échappé à ce phénomène...

Je pense que ce n’est pas une leçon du 20ème siècle mais un phénomène des plus naturels, et vieux comme le monde. Ce qui est nouveau et perturbateur devient la norme, et ainsi de suite. C’est un cycle infini. Cela marche avec tout. Notamment en art. Ce qui m’intéresse avec ces artistes c’est justement le fait que Kern par exemple soit publié aujourd’hui par Taschen et que l’on regarde son parcours sur le long terme, non en regardant avec nostalgie ce qu’il a été à 25 ans. Je suis bien plus fascinée par la survivance, quoi qu’elle implique (car elle implique des choses différentes avec Kern et Zedd par exemple) que par le coup d’éclat sublimé par les autres. L’avant garde n’est qu’un début de quelque chose d’autre.

(joe coleman)

Dans ton film, seul Nick Zedd semble vouloir continuer envers et contre tout à tourner des films, mais plus par dépit que poussé par un réel enthousiasme. C'est certainement le personnage le plus touchant étant donné que c'est celui qui n'a jamais vraiment réussi à percer et qu'il émane de lui pour cette même raison une réelle mélancolie.
En revanche, ceux qui ont réussis ne sont pas pour autant montrés comme des opportunistes. Etais-ce un désir de les montrer tels quels ? Ou bien as-tu eu simplement la chance de t'intéresser à des gens qui n'ont jamais eu recours à de vicieux calculs pour réussir ?

Je me suis intéressée à un pseudo mouvement pour pouvoir parler de ces personnes, à travers lui. Ce mouvement n’est qu’un exemple de postures artistiques ou humaines, de choix de vie. Il me permet de raconter l’histoire d’une ville, et de ses protagonistes, mais je ne le considère pas comme un véritable mouvement. En tant que tel, il ne m’excite pas assez pour en faire tout un documentaire. Tous continuent, pas seulement Nick Zedd. Certes il continue de faire "la même chose" (je n’aurais pas parlé de dépit du tout) mais il incarne un aspect des choix dont je parle. Kern en incarne un autre. Il n’y a pas de jugement moral ou artistique de ma part. Mais pour moi, ils me permettent tous ensemble de parler des décisions qui font évoluer notre travail, notre vie etc. car ils sont tous différents, partant d’un même point de départ. Je n’ai pas eu le désir de les montrer d’aucune manière que ce soit, j’ai voulu leur poser certaines questions et les montrer le plus naturellement possible. Je n’aurais pas eu de problèmes à mettre en valeur des calculs pervers potentiels. Pour toi, il n’y en a ici aucun. Pour d’autres, Kern a fait des choix douteux qui ont amoindri son travail (je ne vois pas les choses comme cela, soit dit en passant). Par exemple, la seconde édition de NY Girls, chez Taschen, était dépendante de sa décision d’enlever les photos sanglantes de mâles. Il a accepté. Je ne juge pas, comme je l’ai dit, je présente les faits, les avis divers, et je dis que c’est une manière de survivre, j’en regarde ensuite les conséquences. Si je m’intéresse à Kern, c’est qu’il a survécu à des choses, fait perdurer son travail. Chez toutes ces personnes, il y a, derrière l’aspect auto-destructeur de cette période, ou de la nature de certains, un dynasmisme de vie incroyable.

Il me semble que ces mouvements musicaux/culturels nés aux Etats-Unis dans les années 80 tels la No Wave et le Hardcore US ont étés les derniers authentiques mouvements contre-culturels ou avant-gardistes du monde contemporain. Depuis, j'ai la sensation que tous les mouvements contre-culturels, quels qu'ils soient, sont soient tués dans l'œuf, soient sont condamnés à faire ressortir quelques vieux squelettes du placard, soient n'expriment rien d'authentique, copmme s'ils avaient perdus toute spontanéité en ayant assimilé les façons de faire et les leçons des mouvements qui les ont précédés. Qu'en penses-tu ?

Parce que tu regardes avec nostalgie et colère. Sinon, tu verrais que d’autres choses se passent, qu’elles te touchent ou non, mais que d’autres personnes tentent des choses. Le lieu n’est plus le même, le contexte non plus, donc les formes d’expression non plus etc. Je ne peux pas parler de cette manière, car avant tout, je ne peux pas considérer que je maîtrise et connaisse tout ce qui est fait. Qui connaissait les films de Richard Kern en 83 ? Les films de Zedd en 79 ? Les choses changent et tant mieux. Et puis je ne recherche pas systématiquement la contre-culture. Ce serait un piège.

(thurston moore)

Il y a t-il des mouvements qui te passionnent aujourd'hui ? Des mouvements qui te semblent avoir autant d'impact sur notre époque que cette scène que tu nous décris dans Llik Your Idols ? Ou bien te sens-tu condamnée à errer dans de vieux musées pour satisfaire ta soif d'authenticité ?

Je ne suis pas séduite en général par l’idée de mouvement. Je pense que ce sont généralement des alliances humaines, des questions d’affinités, de réseaux, mais pas une armée qui mérite d’être considérée comme une œuvre en tant que telle. Je suis plus intéressée par les personnalités qui en émergent. Je ne peux pas non plus chercher des équivalents en terme d’impact ou autre, je ne pense pas de cette manière. Je ne cherche pas des choses semblables. De plus, j’aime beaucoup errer dans de vieux musées. Je veux apprendre un maximum de choses, et n’ai aucun mépris pour ce qui est poussiéreux. L’authenticité n’a à mon sens pas plus de crédit chez de jeunes artistes que dans de vieux musées. Je ne comprends pas ce que le mot vient faire là. Je ne sais pas quoi te dire… J’attends avec impatience d’aller voir les œuvres d’Ana Mendieta, dont je n’ai vu qu’une poignée de photos et une seule vidéo, le mois prochain. Son travail me touche. Je le trouve intemporel, plein de thèmes qui me touchent très directement et profondément. Je développe une certaine curiosité pour la boxe, à travers Harry Crews notamment. Je m’intéresse beaucoup à la photographie, avec des gens comme Sally Mann etc. Beaucoup de choses me touchent, m’intéressent, soulèvent des questions. Toutes ces choses ont un impact différent mais formidable.

Quels sont les événements qui t'ont menés dans la litière du Chat Qui Fume ?

Ils m’ont enlevée, séquestrée et fait subir des sévices que je ne saurai nommer, mais qui m’ont convaincue de rester auprès d’eux.

Outre défendre la sortie de Llik You Idols en DVD, as-tu d'autres projets en cours en terme de réalisation?

Oui, deux documentaires. L’un sur Bruce Labruce (cinéaste/photographe underground issu de la scène queer-punk canadienne, Ndr), que nous terminons début octobre, produit par Le Chat Qui Fume, l’autre sur Fifi Chachnil (costumière et créatrice de mode, Ndr), également produit par le Chat. Je ne peux pas en dire grand chose pour le moment, je suis superstitieuse… Et je compte bien faire de la photo un maximum l’an prochain, quand j’aurai plus de temps à y consacrer.




LLIK YOUR IDOLS
Un film d'Angélique Bosio avec Richard Kern, Lydia Lunch, Bruce LaBruce, Thurston Moore, Joe Coleman, Nick Zedd...
Durée: 1h10 / Langue: Anglais / Sous-titres: Français
Bonus: Interview Angélique Bosio / Court métrage Police State de Nick Zedd ! Court métrage War is menstrual envy de Nick Zedd / Court métrage Fingered de Richard Kern / Court métrage You kill me first de Richard Kern / Bandes-annonces
Édité au Chat Qui Fume
www.lechatquifume.com

jeudi 14 janvier 2010

JAY REATARD | 1980 - 2010

lundi 7 décembre 2009

COFFRET KOJI WAKAMATSU - VOLUME 1

(Article paru dans le quotidien Suisse
LE COURRIER le 05 décembre 2009)
Alors que son dermier film, United Red Army s'est vu diffusé ce mois-ci en Suisse , l'éditeur Blaq Out nous offre un coffret DVD contenant quatre des premiers films indépendants de Koji Wakamatsu. Cinéaste au passé chaotique, tour à tour ado fugueur, élève studieux de l'école de la rue, gauchiste invétéré, extorqueur à la solde d'un groupe de yakuzas, Wakamatsu finira cette première période sa vie en prison. C'est entre les barreaux qu'il raconte avoir découvert sa vocation de cinéaste politique. Cette expérience fondatrice, nous la retrouvons tout au long de ses cinquante ans de carrière. Il suffit de regarder les quatre films présents dans ce coffret, produits entre 1965 et 1969, pour se rendre compte que les murs, les appartements exigus, les prisons symboliques sont partout. Même quand les films se déroulent à ciel ouvert, les prisons n'en restent pas moins mentales.
Les secrets derrière le mur (1965) annonce d'entrée la couleur dans son titre. Les premiers plans nous parquent sans plus attendre dans une cité de béton étouffante et anonyme. C'est entre ces murs que Wakamatsu nous invite à épier la vie de trois générations de japonais. La génération des parents, les grands perdants de la seconde guerre mondiale, la génération des enfants, qui ont grandit dans la défaite, et la nouvelle génération adolescente, pour qui la honte d'être japonais s'accompagne d'une profonde crise d'identité doublé d'une impuissance ravageuse. Alors que le Flower Power et l'insouciance bat son plein aux États-Unis, les jeunes japonais, eux, ne parviennent pas à jouir, peinent à trouver goût à la vie, et finissent par s'accomplir dans le crime.
JustifierLes Anges Violées (1967) défend une thèse similaire. Librement inspiré de l'histoire de Richard Speck, un jeune américain qui massacra un groupe d'infirmières dans leur dortoir en 1967, Wakamatsu nous dresse le portrait d'un homme perdu, impuissant, tuant sans véritable mobile les femmes qu'il ne peux posséder. Mutique, mû par l'influence d'un trauma insaisissable, la seule voie qui lui semble praticable est celle de la régression, du retour à l'état d'enfant, voire à celui de fœtus.
"Dans l'utérus de sa mère, on est heureux, mais l'histoire devrait s'arrêter là". Les propos que tiennent Sadao, le petit chef de rayon misogyne séquestrant et torturant une de ses employés dans Quand l'embryon part braconner (1966), révèlent eux aussi une évidente blessure existentielle et égocentrique. Film sur le refus d'être né et de faire naître, ce film, le plus onirique du coffret, rappelle à bien égard les plus belles pages de Cioran tout en louchant sans réserve sur les livres du Marquis (Sade/Sadao). Si des références littéraires nous viennent immédiatement à l'esprit, le film n'en reste pas moins un très puissant exercice formel. Sublime huis-clos minimaliste tourné dans l'appartement même de Wakamatsu en cinq jour, le film alterne séances de torture mâtinées de discours existentiels, flashbacks et scènes oniriques se déroulant dans le "paradis" de Sadao. La "grotte aux stalactites".
L'utérus de la mère.

La recherche d'un état de pureté originelle est également au cœur de Va va vierge pour la deuxième fois (1969). Derrière un titre aussi beau qu'énigmatique se cache ce qui est probablement le plus beau film du coffret. Filmé dans l'unique décors d'un toit d'immeuble, ce petit morceau de pellicule évoque frontalement la recherche de l'innocence perdue d'un adolescent et d'une jeune fille violée au sortir de l'enfance.
Fondés sur la figure du cercle, de la répétition, de la spirale, les films de Wakamatsu évoquent un monde où le matérialisme adopté après la grande défaite n'aurait été qu'une façon de continuer la guerre sous une autre forme. Une guerre silencieuse qui tue les hommes de l'intérieur.
Sans pour autant être un nostalgique du japon impérial façon Mishima, Wakamatsu nous dépeint une société brisée par la paix, sclérosée par la honte. Un monde où des hommes émasculés n'ont plus que leur beretta ou leur couteau pour exprimer leur fierté perdue, et où la femme reste envers et contre tout, et quoi qui lui en coûte, le dernier pivot.
Les images de Wakamatsu ne font pas la différence entre le corps de ses personnages et le corps social du japon. De la perte d'identité du pays en résulte l'aliénation du citoyen, comme le poison absorbé par la femme enceinte intoxique de fait le fœtus. A l'identité perdue du japon millénaire se substitue lentement la culture américaine, subtilement symbolisée par ces revues pornographiques occidentales que feuillettent la plupart des personnages. Privés de leur identité jusque dans leur imaginaire érotique, le génie de Wakamatsu réside dans sa capacité a avoir su saisir le mal-être de sa génération et a avoir pu mettre des images sur cette colère sourde qui trouva finalement bien d'autres moyens de s'exprimer à la fin des années 60.
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COFFRET DVD KOJI WAKAMATSU - VOL. I
Quand l'embryon part braconner
Les anges violées
Va va vierge pour la deuxième fois
Les secrets derrière le mur
Blaqout éditions
www.blaqout.com

mardi 1 décembre 2009

VOODOO CHILD

Extrait d'un appel à contribution en espagnol
pour un projet d'expo sur le thème des traditions Voodoo.

Le saviez-vous ?
Le nom "Black Cat Bones" trouve ses racines dans la culture Voodoo.
L'os de chat noir est un genre de "Lucky charm" utilisé par les afro-américains et les haïtiens dans le cadre de leurs rites magiques Voodoo.

Dans la tradition Européene, le chat noir a toujours été symbole de malchance. Dans la tradition religieuse haïtienne / afro-américaine, il est dit que le chat noir possède un os capable de donner l'invisibilité à celui qui le porte, ou de rendre un amour perdu dans la mesure où le chat est ébouillanté vivant à minuit. L'identification de l'os donne lieu à diverses pratiques et de nombreuses croyances. Une fois repéré et récupéré, l'os est oint de Van Van Oil (huile contre le mauvais sort) puis glissé dans une main mojo (un petit sac en velour dans lequel on garde les objets magiques).

De nombreuses chansons de blues du début et du milieu du siècle font référence au fameux os du chat noir. La plus connue porte le nom de "(I'm your) Hoochie Coochie Man", chanson composée par Willie Dixon et interprétée par Muddy Watters, reprise à nombreuses reprises par Jimmy Hendrix, Steppenwolf, Motorhead.

I got a black cat bone
I got a mojo too
I got the Johnny Concheroo
I'm gonna mess with you.


Encore aujourd'hui, l'os du chat noir inspire encore de nombreuses chansons. Recemment, c'est le groupe de heavy rock américain Goatsnake qui composait la chanson "Black Cat Bone" sur son album "Trampled Under Hoof" (chanson écoutable sur la page Myspace du Black Cat Bones Café / www.myspace.com/blackcatboneseditions)

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"King Willie says, not only do I have to kill you,
but I have to take your soul. Voodoo magic.
Fucking voodoo magic, man!"
(Gold Tooth / Predator 2)

lundi 30 novembre 2009

IL EST PARMI NOUS - UN ROMAN DE NORMAN SPINRAD

Bientôt 70 ans au compteur, dont plus de 40 ans passés à labourer les champs de la littérature, Norman Spinrad fait parti de ces écrivains de Science Fiction qui ont traversés le XXe siècle en marquant quasi chaque décennie d'un livre incontournable (Jack Barron dans les 60's, Rêve De Fer dans les 70's, Les Miroirs de l'Esprit dans les 80's, etc.), et qui auront survécus à tout. Dans le cas de Spinrad : aux problèmes que lui aura causé l'église de scientologie (qu'il a toujours violemment critiqué dans ses romans), à la mort d'amis proches (Philip K. Dick), à l'exil quasi forcé (persona non grata après l'écriture de Rêve de Fer, il s'installe en 1988 à Paris).

Après quelques récents déboires éditoriaux et avoir survécu en écrivant des "livres alimentaires" (dont "Mexica", son livre sur la conquête du Nouveau Monde, devenu best-seller aux USA et au Mexique), Norman Spinrad est aujourd'hui de retour en France par le biais des éditions Fayard avec ce qui est probablement son meilleur roman depuis une bonne vingtaine d'année. Et d'après les dires de ses proches, Spinrad semble être dans une forme telle ces derniers temps qu'il est fort probable qu'il signe ses meilleurs romans dans les années à venir.

Selon les dires de l'auteur, ce livre a été son plus difficile à écrire en raison des nombreux gags (les "bons gags", mais surtout les mauvais) qu'il a dû inventer pour nourrir la trame narrative. Il Est Parmi Nous raconte l'histoire de Ralf, un comédien de Stand-Up venu du futur pour transformer le passé dans le but de changer l'avenir, et dont la carrière est prise en main par un agent artistique de seconde zone et un écrivain de SF momentanément en rade. Drôle, le livre l'est. La férocité qui émane de lui est en revanche plus surprenante. Car Il Est Parmi Nous, en plus de recycler de manière fictionnelle un tas d'idées que Spinrad avait rassemblé dans un essai qu'il n'arriva jamais à faire publier, lui sert aussi à livrer une satire du milieu de la S.F. et du show biz. Sans complaisance mais sans non plus cracher dans la soupe, Spinrad tire un portrait sarcastique du "Fandom" (les conventions de fans de SF) en poussant même le vice jusqu'à s'introduire lui-même dans le roman à travers les souvenirs des autres.

Roman de science fiction, mais aussi roman sur la science fiction, Norman Spinrad a nourri son récit de ses souvenirs d'écrivains et de son expérience de scénariste pour la télé et le cinéma (il est l'auteur de quelques fameux épisodes de Star Trek). Livre-somme réflexif sur le rôle de l'écrivain de SF, le rapport qu'il entretient avec son milieu et avec le futur qu'il imagine, et dont il est constamment droit de se demander quelle influence ses romans peuvent avoir sur celui. Il Est Parmi Nous pose aussi la question du rapport que l'écrivain mais aussi avec les utopies (cette idée que la SF Stratifié jusqu'au vertige, gavé de mises en abime plus vertigineuses les unes que les autres, réaliste dans ses moindres détails, Il Est Parmi Nous est un roman formellement simple mais intrinsèquement complexe dans ses nombreux sous-textes. A la fois mise à nu du fonctionnement en coulisse du grand spectacle Hollywoodien, virulente critique de l'exploitation du Fandom par l'industrie du divertissement en même temps que critique du Fandom lui-même, Il Est Parmi Nous est aussi et surtout un roman écologique évoquant les conséquences de nos choix actuels sur la civilisation du futur.

Comment tout ça peux tenir dans un seul roman ?" me direz-vous ? Ne sous-estimez pas la dextérité de l'écriture de Spinrad qui est à la littérature de SF ce que la ligne claire est à la BD. Ample, disgressif, mais toujours au service de sa machine narrative, le récit de Spinrad avance, abat une quantité assez invraisemblables d'idées et de situations stimulantes. Tel un poisson dans l'eau de son récit, le roman de Spinrad ne souffre guère que de quelques longueurs dues à un excédent d'idées (un comble !) et à un récit finalement très "intérieur", métaphysique, qui aurait gagné à être plus concis.


Bref, retour aux affaires sérieuses pour le Roi Spinrad. Profitez-en, en attendant sa prochaine bombe, le sulfureux Osama The Gun, refusé par tout les éditeurs aux États-Unis et que Fayard publiera en première mondiale au printemps prochain.

CHRONIQUE PARUE DANS LE NUMÉRO 13 DE NOISE MAGAZINE

mardi 17 novembre 2009

INTERVIEW DE DAV GUEDIN

Le père Dav Guedin sort ce mois-ci un comix réalisé à quatre mains avec son vieux compère Craoman, et en profite pour créer au passage sa propre boite d'édition, Taste y Cool. Jamais mieux servi que par soi-même, petite interview avec Dav pour faire le point sur sa vie/son oeuvre et ses mémoires de petit bâtard philantrope.

Bray Dunes 99 est une série de comix qui parle de ton expérience en tant qu'animateur/éducateur dans un centre de vacances spécialisé pour handicapés mentaux profonds en 1999. Pourquoi avoir attendu 10 ans pour parler de ce thème ? Est-ce un truc qui te trottait en tête depuis un bail ?

Oh oui ça fait longtemps ! Quand j’étais aux beaux arts et que je devais trouver un sujet perso pour 3 ans, cela s’est imposé à moi comme une évidence. J’avais besoin d’un truc fort et qui me tienne à cœur.
J’ai réalisé un petit paquet de portraits que j’ai vendu ou donné par la suite…
Mais c’est quand je bossais encore comme graphiste et que j’avais 3 heures de transport tous les jours que j’ai écrit le récit. J’ai réalisé que je n’étais pas allé assez loin sur ce thème et que je racontais à tout le monde des anecdotes survenues pendant le séjour. Sûrement parce que j’avais peur d’en oublier des bribes et là je me suis dit qu’il fallait absolument que je couche tout ça sur papier…
Et puis Pakito Bolino que je venais de rencontrer m’a mis l’idée en tête que je devais en faire une bd...


Pourquoi ne pas avoir réalisé cet album avec ton frangin ? Pourquoi l'avoir réalisé avec cousin Craoman ?

J’y ai bien pensé et puis mon frère se sentait pas de le faire ou peut être a-t-il eu peur de m’avoir trop sur le dos héhé. J’ai essayé seul, j’étais bien parti et puis la mise en page, les cadrages, le découpage, tout ça m’a foutu dedans…je me suis retrouvé bloqué mais toujours motivé.
Craoman était plus à l’aise que nous côté bd alors ça s’est fait comme ça…

On sent que le fait d'avoir fait "Mémoires de Batards" avec ton frère l'an passé a laissé des traces dans ton travail sur Bray Dunes 99.

Haha je ne peux pas le nier. Je crois que « Mémoires de batards » a complètement décomplexé mon côté petit con et que je tenais à ce qu’on retrouve cette authenticité dans Bray-dunes99..
C’était important pour moi que l’on comprenne que même si je suis engagé et motivé dans mon travail d’animateur avec les handicapés, mon cynisme et mon côté moqueur sont bien là et qu’il n’y a aucune raison de se cacher !

Comment on aborde un tel sujet sans tomber dans la pathos ou le voyeurisme ? Vous êtes-vous posés des questions sur le regard que vous deviez porter sur le sujet avant de vouys lancer ? Ou bien est-ce que cette distance naturelle et ce refus de tomber de l'emphase qu'on retrouve dans Bray Dunes s'est imposée d'elle-même ?

Pour moi il était évident que je voulais montrer l’aspect positif de cette expérience riche en émotions, je voulais que ça soit drôle et que l’on sente que ce qui nous sépare de la « normalité » c’est très fragile !
Craoman ne l’a pas compris tout de suite, il était parti dans quelque chose qui lui ressemble un peu plus, c'est-à-dire plus sombre. Et moi j’ai fait « oullalalaa non non ce passage là moi j’étais mort de rire, c’est pas du tout glauque, je dois sourire… »

Pourquoi avoir crée ta maison d'édition pour éditer Bray Dunes ? Personne n'as voulu éditer Bray Dunes, ou bien est-ce que vous avez refusés toutes les généreuses propositions d'autre éditeurs pour rouler en solo ?

En fait si, on avait des pistes mais c’est vrai qu’on s’est dit, ce truc là on s’en fout, on le fait nous-mêmes de A à Z et je ne regrette pas ! On a pensé le faire éditer par d’autres quand on aura l’ensemble mais pour se tenir à un tel projet on avait besoin de le faire en étapes ! c’est encore une autre expérience et j’aime aussi gérer cet autre aspect de l’édition.

Mémoires de Batards était un livre de souvenirs. Bray Dunes, lui, raconte des souvenirs, non plus d'enfance, mais de tes débuts dans la vie professionnelle. C'est quoi ton problème Dav, elle te plait pas ta vie de 2009 au point que tu passes ta vie à ressasser le passé ?

Ma vie me plait (même si je suis parfois un bourreau de travail) mais je trouve que quand on aime raconter des histoires, il n’y a rien de mieux que de puiser dans sa propre vie. Je réalise parfois que je me suis mis dans telle ou telle situation dans l’espoir d’en faire de la matière pour raconter des choses !

"Mémoires de Batards" était une façon intelligente de détourner les sempiternels lieux communs de l'autofiction tels qu'ils se pratiquent désormais en BD. "Bray Dunes 99" est un peu plus classique dans sa forme. Quel regard portez-vous sur l'autofiction à la française, pratiqué parfois même quand certains auteurs n'ont rien vécus d'intéressants.

Classique, classique… attends un peu de lire la suite ! On verra si c’est du classique ! haha
Je vais pas mentir, quand la bd autobiographique est apparu, je me suis jeté dessus, j’ai dévoré Maus (même si c’était l’histoire du père de Spiegelmann) , Joe Matt et plein d’autres…
Depuis j’ai lu des merdes que je ne citerai pas mais qui m’ont dressé le poil.
Je pars du principe que quand on a rien à dire on ferme sa gueule. Pareil pour une histoire.
Comment vous êtes-vous répartis le travail entre Craoman et toi, niveau écriture et mise en forme ?

J’ai écris tout le texte en amont. Après on a beaucoup tatonné par rapport au style graphique et puis j’avais envie de dessiner aussi. Donc j’y ai inclus des portraits dans lesquels je mets quelque phrases
Sur l’handicapé en question, des choses qu’on ne peut pas faire rentrer dans la narration et Craoman a fait le découpage du récit en story board. C’était assez génial de voir l’histoire que j’avais vécu et raconté sous son œil et son trait, prendre vie au fil des pages. Un peu comme quand on révèle des photos haha.
Il m’a souvent agréablement surpris et puis vu qu’on a pas mal les mêmes goûts et qu’on se comprend assez bien, au bout d’un moment ça a été très fluide. Presque facile. On s’est vraiment enrichi de la vision de l’autre et on a énormément appris. Le résultat me plait beaucoup globalement, il y a des choses moins bonnes que d’autres mais dans l’ensemble c’est une bd que j’aurais plaisir à lire même si ça n’était pas de moi dont il s’agit. Pour l’instant pas mal de lecteurs réclament la suite. C’est ce que je voulais.

En combien de temps penses-tu éditer la totale de Bray Dunes 99 ? En combien de volumes comptez-vous raconter cette histoire ?

On comptait en faire 3, on sait pas si ça tiendra. J’espère en sortir 1 par an et si possible plus mais je veux pas qu’on bacle et qu’on se dise après « merde on aurait dû faire comme ça ».

Des projets avec le frangin pour l'avenir ?

Des projets avec le frangin toujours oui. Même si celui-ci est très pris par son boulot de prof, l’est trop sérieux ce mec là ! et que des fois j’ai l’impression de lui arracher des dessins haha.
En tous cas on ressort très prochainement un deuxième portfolio « les frères guedin TWO nus » au éditions Charrette parce qu’on a la chance que le premier ait eu son petit succès. Donc quelques anciens dessins mais beaucoup plus de nouveaux que dans le premier.
On a attaqué parallèlement « Mémoires de batards 2 » aux éditions du Dernier Cri. C’est toutes les saloperies qu’on avait pas mis dans le premier + d’autres récoltés de ci de là.
Et puis on projette de faire une bd (et oui) avec un nouvel éditeur Marseillais qui s’appelle « Même pas mal » qui viennent de sortir un livre collectif très chouette. Ça sera que des histoires d’amour débiles, détournement de vieux romans photos et autres.

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